Par : Bernard P
Publié : 24 août 2014

aout 2014 - Presse TVA

Entrevue du mercredi 18 juin 2014 avec le Docteur Chicoine, directeur de la clinique d’adoption et de santé internationale CHU Sainte-Justine sur le thème :
Quand l’adoption tourne au cauchemar

Dr Jean-François Chicoine, directeur de la clinique d’adoption et de santé internationale CHU Sainte-Justine

Au Québec, des dizaines, voire des centaines d’enfants adoptés à l’étranger finissent par être placés en centres jeunesse.

Leurs parents ne sont pas sans-coeur. Ils sont désespérés. Et incompris. Les ruptures d’adoption sont pourtant nombreuses, ici comme ailleurs.

Des enfants adoptés à l’étranger, puis abandonnés à nouveau par leurs parents adoptifs, il y en a des dizaines, et peut-être même davantage au Québec.

En 25 ans de pratique, Jean-François Chicoine en a vu passer. Beaucoup.

Certains de ces enfants mordent, frappent, font caca partout, veulent coucher avec leur petite soeur ou leur petit frère. Ils ont ce côté animal, ou alors, c’est plus vicieux : ils mentent et volent. Et cela, bien des familles ne peuvent le supporter. Elles finissent par être épuisées ou terrorisées.

Chaque fois, le diagnostic est le même : trouble de l’attachement. Par mécanisme de survie, l’enfant fait tout pour bousiller la relation avec ses nouveaux parents.

Poussés à bout, les parents finissent par remettre l’enfant en adoption ou, plus souvent, le confient à la Direction de la protection de la jeunesse.

Même si l’enfant subit un nouvel abandon, c’est parfois dans son propre intérêt. Tous les enfants ne sont pas adoptables.

Certains d’entre eux sont bien mieux en institution que de se voir rappeler sans cesse qu’ils sont incapables d’amour.

D’autres enfants veulent carrément tuer leurs parents

Le Dr Chicoine vient de convaincre un autre couple de déménager. « Leur enfant, devenu adulte, n’est plus en centre jeunesse. La nuit, il rôde autour de la maison, regarde par les fenêtres... »

En général, le jugement des autres sur les parents adoptifs est très dur.

Ces parents souffrent, mais d’une souffrance qui n’est pas reconnue socialement, une souffrance bourgeoise. Le raisonnement, c’est : tu as voulu cet enfant, arrange-toi avec ! »

Procédures

Pour pouvoir adopter un enfant, les Québécois doivent se soumettre à un examen psychosocial prouvant qu’ils feront des parents exemplaires.

On demande à ces enfants institutionnalisés de vivre en famille, alors qu’ils ne savent pas ce que cela veut dire. Et on s’imagine qu’avec de l’amour et des bons soins, on pourra tout réparer. C’est un mensonge qui place les parents adoptifs dans des situations intenables.

De 10 % à 25 % d’échecs

Au moins 52 enfants adoptés par des familles québécoises ont été pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) au cours des dernières années. Parmi eux, 20 enfants ont fait l’objet d’un placement jusqu’à leur majorité.

C’est ce qui ressort d’un récent sondage mené auprès de ses membres par Pétales Québec, un organisme d’entraide aux parents d’enfants qui présentent des troubles de l’attachement.

Des études américaines et françaises indiquent que de 10 % à 25 % des adoptions se soldent par des échecs.

Au Québec, ni le ministère de la Santé ni la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ne peuvent fournir le moindre chiffre à cet égard.

STATS au Québec...

Une adoption coûte entre 15 000$ et 45 000$

52 : Nombre de cas connus d’enfants adoptés pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

20 : cas connus d’enfants placés jusqu’à leur majorité.

1 : cas connu d’enfant redonné à l’adoption.

En ligne d’écoute, les parents adoptifs de 60 autres enfants ont confié songer à un placement ou avoir entrepris des démarches en ce sens.