Par : Bernard P
Publié : 10 juillet 2014

09.07.2014 - La clef

Boris Cyrulnik - "La mémoire traumatique"
par WebTV Université de Nantes

"Lors de ma première naissance, je n’étais pas là. Mon corps est venu au monde le 26 juillet 1937 à Bordeaux. On me l’a dit. Je suis bien obligé d’y croire puisque je n’en ai aucun souvenir. Ma seconde naissance, elle, est en pleine mémoire. Une nuit, j’ai été arrêté par des hommes armés qui entouraient mon lit. Ils venaient me chercher pour me mettre à mort. Mon histoire est née cette nuit-là". Boris Cyrulnik.

 Sujet : Conférence Le sujet central c’est la mémoire traumatique : le résultat de microtraumas répétés chaque jour qui se produisent lorsqu’on doit survivre dans des conditions adverses, ou d’un trauma flagrant.
 Date de parution : 26/11/2012
 Durée : 1h 11m
 Crédits  : Université de Nantes


"Nous disposons aujourd’hui de moyens d’analyse qui nous sont donnés par la neuro-imagerie, mais également par la psychologie et la sociologie, et qui nous permettent de mieux observer l’effet des traumatismes sur le cerveau et sur les comportements.
Dans le cas d’un petit nombre de personnes, il existe un déterminant génétique qui fragilise le sujet et finit par provoquer son isolement sensoriel. Mais le plus souvent, c’est lorsqu’un enfant est isolé dans les dernières semaines de la grossesse ou lors des premiers mois de sa vie (parce que sa mère traverse une épreuve, se trouve plongée dans une sorte de déprime), que l’on observe une atrophie des deux lobes préfrontaux supports de la mémoire et des émotions.
Cet isolement affectif précoce a pour résultat que le cerveau va fonctionner de façon différente et que le sujet sera plus facile à traumatiser, entraînant souvent une cascade de traumas. Ce schéma, on le retrouve dans 90 % de ce que les psychologues appellent les « états limites » et qui peuvent s’associer à des tendances suicidaires.
Mais ce type de mémoire n’est pas inexorable, quoique tracée dans le cerveau. Elle évolue si le milieu change ou au gré des rencontres qui entraînent le cerveau à réagir différemment. Ainsi si on tend la main à un traumatisé ou si on lui tend la parole, se met en place un processus de résilience, et les vulnérabilités peuvent disparaître"
. En savoir plus : sur http://www.psy-luxeuil.fr

Boris Cyrulnik est un neurologue, psychiatre, ethologue et psychanalyste français. Responsable d’un groupe de recherche en éthologie clinique à l’hôpital de Toulon-la-Seyne (1972-1991), il publie son premier ouvrage Mémoire de singe et parole d’homme en 1983. Directeur d’enseignement depuis 1996 à la Faculté des lettres et sciences humaines de Toulon et président du Centre national de création et de diffusion culturelles de Châteauvallon, Boris Cyrulnik est surtout connu pour avoir développé le concept de "résilience" (renaître de sa souffrance). Il a également participé en 2007 à la commission Attali sur les freins à la croissance, dirigée par Jacques Attali.