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Par : Bernard P
Publié : 27 novembre 2016

25.11.2016 - laction.com

L’adoption, pas toujours un conte de fées. Des défis, mais surtout des grandes joies

ADOPTION. « Être maman, ce n’est pas seulement donner la vie, c’est aussi apprendre à son enfant à vivre tout en s’épanouissant », a commenté Annie, une Lanaudoise qui a adopté, avec son conjoint Martin deux jeunes garçons. Pour ceux-ci qui ne pouvaient donner naissance, le choix d’adopter s’est fait tout naturellement. En ce mois de l’adoption, ils ont accepté de raconter leur histoire à l’Action.

En 2008, ils se sont rendus en Thaïlande pour aller à la rencontre d’un petit garçon de trois ans qui deviendrait leur enfant. « C’était particulier, il était assis par terre avec tous ses amis à l’orphelinat et, même s’il avait reçu un album avec des photos de nous, il ne comprenait pas trop pourquoi nous étions là. »

L’approche s’est faite graduellement par le jeu et à un certain moment, alors que l’enfant s’est mis à courir, car il ne voulait pas rester seul avec ses nouveaux parents, il est tombé et c’est là que tout a commencé. « Martin est allé l’aidé, il l’a pris dans ses bras et un peu plus tard, il est allé s’asseoir sur son père par lui-même », se rappelle Annie.

Ils sont restés un mois en Thaïlande afin de s’imprégner le plus possible de la culture, puis sont revenus au Québec. « La première nuit, il courait partout et il était vraiment content et par la suite, les choses sont devenues plus difficiles. Cela faisait beaucoup de nouveautés pour un garçon de trois ans (les odeurs, la nourriture, le climat). » 

« Il faisait des crises et il testait, inconsciemment, nos limites et la solidité du pont. Il se demandait : est-ce qu’ils vont me laisser tomber eux aussi ? » Le jeune garçon a également fait du mutisme et voulait uniquement aller vers Martin. « C’était juste papa, il ne voulait rien savoir de maman. Ç’a été difficile, je l’aimais, mais l’attachement instantané ne s’est pas fait et pour moi c’était encore un peu comme un étranger », explique Annie.

La travailleuse sociale qui s’occupait de leur dossier et du suivi lui a suggéré de prendre son bain avec son nouvel enfant, car il avait besoin de ce contact peau à peau. Après avoir suivi ces conseils, Annie a vraiment constaté une différence, « je l’ai senti s’abandonner comme jamais et il y a quelque chose qui s’est créé. Je crois que c’est mon plus beau souvenir, le moment où j’ai senti qu’il y avait une connexion entre nous. »

Il y a trois ans, Martin et Annie ont adopté un autre jeune garçon. Un garçon de 4 ans qui est né à l’international, mais qu’ils ont adopté au Québec. Ce dernier avait de grandes particularités dans son comportement en raison de son dur passé. « Tous les enfants adoptés sont des survivants, les gens disent que nous avons du courage, mais c’est eux qui en ont. Ça prend beaucoup de résilience pour être capable de refaire confiance. »

Ses mécanismes de défense sont restés et le couple explique qu’il est très agressif verbalement et physiquement notamment en raison de sa peur de l’abandon, « nous sommes ses parents, mais nous sommes surtout des éducateurs 24 h sur 24 ». Même, s’il a beaucoup évolué en trois ans, ses parents doivent constamment lui montrer qu’ils seront toujours là pour lui, qu’il peut leur faire confiance et qu’il est en sécurité avec eux.

Ce comportement du jeune garçon a amené Annie à s’isoler, car elle trouvait le regard des autres trop difficile.

Une mécompréhension

« On se prépare beaucoup avant l’arrivée de l’enfant à ses besoins. On réfléchit aux réactions qu’il pourrait avoir et on est prêt pour cela, mais pas pour nos réactions à nous. On ne se prépare pas pour nos besoins », ajoute Martin.

Le couple mentionne qu’il y avait beaucoup d’ateliers post-adoption, mais aucun dans la région et considère que les ressources étaient minimes au moment de l’adoption. Ils ont aussi trouvé difficile la tendance des gens à normaliser. « Oui les enfants font tous des crises, mais un enfant adopté ne les fait pas pour les mêmes raisons. Quand il perd son toutou, ce n’est pas juste pour son toutou qu’il réagit, c’est parce qu’il reste fragile à toutes les pertes », développe Annie. 

De nombreuses fois ils se sont fait dire, « ce ne sont même pas vos vrais enfants ». La mécompréhension des gens a donc été un élément difficile dans tout le processus et ils se sentaient comme dans une classe à part. Par exemple, pour créer le lien d’attachement avec l’enfant, les parents devaient être les seuls à répondre à ses besoins (le prendre, le nourrir, lui donner son bain, l’endormir) et ils ont dû composer avec du jugement.

« Notre premier garçon était hyper charmeur, il tendait les bras à tout le monde et les gens trouvaient ça cute, mais c’était parce qu’il n’était pas attaché à nous. Alors on leur demandait de ne pas le prendre, de le remettre par terre et ça passait comme un caprice, mais non, c’est ce qu’on devait faire pour qu’il crée ce lien. »

La première année est essentielle pour créer cette connexion et il est important que l’enfant ne se fasse pas garder, mais avec le travail cela devient presque impossible. D’autant plus que les couples qui adoptent ont droit à 37 semaines partageables de congé, ce qui représente 18 semaines de moins que les familles biologiques.

Après six mois, Annie a dû recommencer à travailler et elle mentionne que cela était l’enfer à la garderie. Pour le jeune garçon, c’était comme s’il vivait un autre rejet, d’autant plus qu’une garderie ressemble un peu à un orphelinat. Elle a finalement pris un congé différé avec son employeur pour pouvoir passer plus de temps avec son enfant.

« Adopter ce n’est pas un conte de fées, mais malgré tout c’est notre famille et on l’aime. Ce sont des êtres uniques et quand ils reviennent de l’école, qu’ils te disent je t’aime maman, je t’aime papa avec un câlin et un beau sourire, on oublie tout le reste. »

Le couple termine en mentionnant à tous les parents qui souhaitent adopter de bien se renseigner avec des livres, notamment ceux de Johanne Lemieux, des ateliers, des conférences, d’être constants et de donner toute la sécurité à l’enfant dont il a besoin, mais aussi de ne pas s’oublier comme personne et comme couple à travers tout le processus.

En ce mois de l’adoption, la FPAQ (fédération des parents adoptants du Québec) remet en lumière l’iniquité du Régime québécois d’assurance parentale en ce qui concerne les congés parentaux pour les enfants adoptés. Elle invite la population à signer la pétition : https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-6341/index.html

Malgré les difficultés, Annie et Martin sont fiers de leur belle famille.

De longues démarches

Annie et Martin ont entamé leurs démarches, pour une adoption à l’international en 2006. Comme ils devaient réaliser le processus avec un organisme agréé, ils se sont inscrits auprès d’Enfants d’Orient et d’Occident et ont monté leur dossier. Pour celui-ci, le couple a dû faire plusieurs démarches auprès de l’immigration, des évaluations psychosociales et a dû se marier. Le processus a pris six mois. Une fois que le dossier a été déposé, Annie et Martin ont attendu pendant deux ans. C’est le pays d’adoption qui gère la sélection des familles et le jumelage avec un enfant. Ils ont finalement eu des nouvelles en août 2008 et à partir de là, tout a déboulé. En moins de trois semaines ils étaient en Thaïlande et environ trois jours après leur arrivée ils ont rencontré l’enfant. 

Aujourd’hui

Leur plus vieux garçon a maintenant 11 ans et s’est très bien développé. Malgré quelques défis, il a un super caractère, est enjoué, toujours souriant, sensible, créateur et a développé un bon lien d’attachement envers sa famille. Il a aussi un talent de dessinateur incroyable selon ses parents. Il n’a jamais réellement posé de questions par rapport à ses antécédents, mais est fier d’être Thaï et Québécois. « Il trippe encore sur la soupe Thaï et mange épicé ça n’a pas d’allure ! ». Il a également mentionné le souhait de retourner en Thaïlande un jour, mais avec ses parents.