Par : Bernard P
Publié : 13 septembre 2015

12.09.2015 - Le Devoir

Des exigences accrues et des délais d’attente augmentés

Le ralentissement de l’adoption internationale est notamment imputable au nombre croissant de pays signataires de la Convention de La Haye.

Rien de surprenant à ce que plusieurs parents québécois en attente de pouvoir adopter l’enfant chéri venant de Chine finissent par abandonner leur projet ! Car ils doivent patienter non pas pendant un à deux ans, comme entre 1990 et 2003, mais plus de huit ans et demi avant qu’un enfant leur soit proposé…

« Des parents dont le dossier a été envoyé en Chine en 2007 attendent toujours une proposition », confirme Pauline Jubinville. La coordonnatrice de la Société Formons une famille inc., une agence agréée qui aide les parents québécois à adopter en Chine, au Vietnam, aux Philippines et au Burundi, explique que la Chine a ajouté de nouveaux critères d’admissibilité plus restrictifs.

Elle a notamment augmenté le nombre d’années de mariage requises avant de pouvoir postuler, alors que précédemment, elle acceptait les célibataires. Elle a aussi rehaussé le revenu que doivent percevoir les postulants, ainsi que le montant de leur avoir net disponible pour la famille.

Des enfants à besoins médicaux

À l’agence Enfants du monde, on affirme carrément qu’« il n’est plus possible d’adopter un enfant chinois en parfaite santé ». « Les postulants peuvent toutefois accueillir des enfants plus âgés et à besoins spéciaux, c’est-à-dire nécessitant des besoins médicaux mineurs à modérés en raison, par exemple, d’une malformation à la naissance, comme un problème d’audition ou de vision, des pieds bots ou une fente labiopalatine.

« Les parents adoptants peuvent toutefois choisir le besoin médical qu’ils s’estiment capables de gérer. Après les quatre mois requis pour monter leur dossier, les postulants devront attendre environ trois ans avant qu’un de ces enfants leur soit proposé  », affirme la directrice générale, Sylvie Valcourt, qui prévient qu’au Vietnam, la situation est similaire, sinon pire.

Le nombre d’enfants chinois proposés à l’adoption internationale a progressivement diminué depuis 2006, année où la Chine a signé la Convention de La Haye sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale.

En vertu de cette convention, les pays signataires doivent favoriser le maintien des enfants dans leur pays d’origine en privilégiant l’aide à la famille et en encourageant l’adoption nationale.

Il en résulte que les enfants qui sont proposés à l’adoption internationale sont plus âgés, présentent des problèmes de santé physique ou psychologique ou font partie d’une fratrie de plus de deux enfants. « Le développement économique des pays en émergence, comme la Chine, a aussi un impact sur la capacité des pays à aider les parents à prendre soin de leurs enfants et à éviter les abandons », ajoute Marie-Claude Lacasse, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, qui chapeaute le Secrétariat à l’adoption internationale.

Ainsi, comme la Chine s’enrichit, le nombre d’enfants abandonnés diminue. À cela s’ajoute le fait que la politique de l’enfant unique s’y est encore assouplie en 2014 en autorisant les couples dont l’un des partenaires — et non les deux, comme précédemment — est enfant unique à avoir deux enfants. Néanmoins, la République populaire de Chine demeure le pays qui fournit le plus grand nombre d’enfants aux parents adoptants québécois. En 2014, environ le tiers des enfants adoptés au Québec depuis l’étranger étaient originaires de Chine, soit 71 sur un total de 231.

Bien que les délais d’attente soient également très longs pour les enfants venant du Vietnam et des Philippines, ces deux pays ont confié respectivement 32 et 31 enfants à des parents québécois en 2014. La Corée du Sud a pour sa part offert 20 bébés en 2014 à des parents qui ne pouvaient pas choisir le sexe de l’enfant, mais qui ont dû patienter pendant un délai beaucoup plus raisonnable avant de recevoir leur trésor.