Par : Bernard P
Publié : 13 septembre 2015

12.09.2015 - Le Devoir

La petite Chinoise ne viendra pas

Finalement, ma femme et moi n’accueillerons pas de petite Chinoise chez nous. Notre projet d’adoption internationale a avorté. Ce n’est pas un drame ni une tragédie. C’est seulement une histoire qui aurait pu être belle, mais qui finit en queue de poisson, la banale histoire un peu triste d’un échec institutionnel.

En 2007, nous avons décidé d’adopter une petite fille en Chine. Ce n’était pas un coup de tête, mais la conclusion de mûres réflexions. Mariés depuis 12 ans, nous voulions des enfants, au moins un, en tout cas, pour commencer. Or, après quelques années d’essai par les voies naturelles, nous devions conclure à l’échec de cette méthode pour nous. Nous avons passé les tests d’usage dans cette situation, sans parvenir à déterminer les causes de notre insuccès. « Tout est beau, pourtant », nous assuraient les spécialistes. La stimulation ovarienne, aussi essayée, n’a rien donné.

Cette année-là, donc, nous évaluons nos options. Assez rapidement, nous excluons la procréation assistée. La lourdeur technomédicale de cette méthode au succès incertain nous rebute, de même que son caractère très commercial. La procréation assistée, en effet, nous le découvrons alors qu’elle est encore quasi systématiquement prise en charge par le privé, c’est une business, et cela nous déplaît. Nous sommes un couple de gauche, après tout, et nous ne communions pas au culte de l’enfant biologique à tout prix. Nous ne considérons pas notre incapacité de procréer ensemble comme une maladie et nous sommes convaincus que la force du lien filial est d’abord un fait de culture plutôt que de nature.

« C’est folie de croire que c’est la nature qui détermine si un enfant est bien le mien, écrivais-je en 2010 dans l’hebdo lanaudois L’Action. C’est la culture qui joue ce rôle. Je suis le fils de mon père et de ma mère parce qu’ils m’ont traité comme tel, en me parlant et en agissant avec moi avec amour. Il faut être malade pour croire le contraire.  »

Le choix de la Chine

Ce sera donc l’adoption. Il reste à décider si nous adopterons un enfant du Québec ou d’ailleurs. Après de multiples discussions avec des responsables de l’adoption québécoise, nous choisissons l’adoption internationale. Adopter un enfant québécois, ça signifie le plus souvent jouer d’abord le rôle de famille d’accueil, avec le risque de se faire retirer l’enfant après un certain temps. Cela nous inquiète. Nous aimons la stabilité, et ce risque de montagnes russes émotives n’est pas pour nous. De plus, l’idée que les parents biologiques de cet enfant seront toujours dans le décor et pourraient souhaiter renouer avec leur enfant des années plus tard nous refroidit. À tort, peut-être, mais tel est notre sentiment.

Nous irons donc à l’international. J’aime bien, personnellement, l’option d’adopter un Coréen du Sud. Allergique aux voyages à l’étranger, j’apprécie le mode de fonctionnement de ce pays en matière d’adoption : les enfants sont amenés ici et les parents adoptifs les accueillent à l’aéroport Trudeau. C’est parfait pour moi.

Voyageuse, ma femme a d’autres critères et est séduite, je la comprends, par les petites Chinoises. Il est vrai que nous préférerions une fille — les Coréens offrent surtout des garçons — et que nous connaissons, dans notre entourage, plusieurs petites Québécoises adoptées en Chine qui sont adorables. Nous choisissons donc la Chine et nous entendons là-dessus : ma femme ira là-bas en compagnie de son père pour aller chercher le trésor.

Là, ça ne fait que commencer. Nous nous procurons les documents nécessaires à cette démarche, nous choisissons une agence d’adoption et nous lisons beaucoup sur le sujet. Les ouvrages du Dr Jean-François Chicoine, grand spécialiste québécois du sujet, nous font réfléchir. Tout en étant plutôt favorable à l’adoption internationale, Chicoine se fait un devoir de ne pas dorer la pilule aux parents qui souhaitent adopter. Il a raison, évidemment. Un enfant adopté a souvent un parcours plus difficile qu’un enfant ordinaire. Nous retenons la leçon, mais nous sommes déterminés, confiants en la puissance de la fraternité humaine, et nous connaissons, je l’ai mentionné, plusieurs petites filles adoptées en Chine qui vont très bien. C’est décidé : nous nous lançons.

La préparation du dossier

Un peu fastidieuse, la constitution de notre dossier d’adoption se déroule malgré tout dans la bonne humeur. Nous devons fournir des actes de naissance, un certificat de mariage, des preuves de notre bonne conduite civique (antécédents criminels), un bilan financier, des certificats médicaux et des lettres d’intention (nos motivations de parents adoptants). Les frais d’inscription à l’agence d’adoption s’élèvent à 3700 $, auxquels il faut ajouter tout le reste (frais des documents précédents, évaluation psychosociale et voyage en Chine), pour un total approximatif, en 2008, de 21 000 $. Ça nous va. Nous étions prévenus.